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Élection présidentielle américaine: l’imminent clap de fin

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Un cirque, un vaudeville, une comédie surpassant toutes celles qui nous avaient rendus hilares jusqu’ici, au cinéma. Voilà, ce que cette campagne peut inspirer au monde. Et à quelques heures de la ligne d’arrivée, les deux candidats principaux poursuivent leur course pour la Maison Blanche. Les voici, à quelques voix de grands électeurs, si près du but, à quelques heures du clap de fin de ce film que le monde a pu suivre ces derniers mois.
Clap de fin le 8 novembre!
Infos, intoxs, photos politiquement incorrectes (pour rester polis), affaire des emails classée par le FBI, bourse de New York qui joue au yoyo… Dans les dernières heures de cette campagne-pugilat, les candidats continuent le combat.
Pour nous éclairer sur l’avenir des États-Unis et l’issue du scrutin, Marie-Hélène Caitucoli, docteure en sciences politiques et consultante du secteur public (www.caron-associes.eu). Interview:
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-En cette dernière ligne droite de la course à la Maison Blanche, les jeux sont-ils faits ou tous les coups sont-ils encore permis?

Les deux mon capitaine ! Les jeux sont arithmétiquement faits, du moins statistiquement Clinton a-t-elle l’avantage y compris dans les fameux Etats stratégiques où tout peut changer et se jouer en définitive (“swinging states”) ; mais les petites phrases assassines et les découvertes plus qu’inconvenantes de dernière minute peuvent toujours surgir et faire bouger les lignes, dans un contexte où les passions sont extrêmement présentes et les candidats au coude à coude. La raison, elle, ne pousse pas vers cette hypothèse.

-Hillary Clinton prône l’augmentation du salaire minimum afin de sortir les travailleurs à temps plein de la pauvreté. Une mesure electoraliste ou non?

Une mesure reconnaissable comme un vrai marqueur de gauche, donc démocrate outre-Atlantique, et une manière d’emboîter le pas à son ancien rival démocrate Bernie Sanders, sans être aussi généreuse que lui (celui-ci proposait de passer le salaire minimum de 7,25 USD horaire à 15 USD horaire, quand Clinton le plafonne à 12 USD par heure). De ce dernier point de vue, cela peut en effet sembler électoraliste mais c’est tout de même la ligne démocrate que suit Hilary Clinton, avec du reste un ensemble de mesures visant à améliorer le sort des classes moyennes.

-Le FBI referme l’affaire des emails d’Hillary Clinton. Cela aura-t-il une influence sur le scrutin?

Cela a le mérite de mettre fin à ces mises en cause incessantes de part et d’autre et, à la veille du scrutin, il est sans doute plus raisonnable de laisser les électeurs se concentrer sur les véritables enjeux de cette élection présidentielle américaine : l’économie, les inégalités sociales, la politique étrangère et la menace terroriste, auxquels s’ajoutent, avec des passions inédites, la compétence voire la personnalité des élus.
Pour autant, ces affaires peuvent très vite refaire surface une fois l’élection entérinée et s’avérer peut-être encore plus néfastes. Ce sont les institutions démocratiques américaines ou plutôt leur travers pratiques par ceux qui les méprisent ou qui en abusent, qui seront alors interrogées, dans un camp ou dans l’autre.

-Partagez-vous le sentiment que cette campagne aura été la pire de l’histoire des Etats-Unis?

C’est un sentiment assez largement partagé mais pour deux raisons qui, à mon avis, en atténuent la portée : d’une part, nous avons tous la mémoire courte car les campagnes présidentielles américaines sont rarement des modèles de savoir-vivre ; d’autre part, ce qui fait vraiment la différence cette fois-ci ne rend pas l’ambiance particulièrement réjouissante puisque les deux derniers candidats susceptibles de l’emporter sont, de facto et selon tous les sondages, les plus détestés dans l’histoire des campagnes américaines.
Ce n’est donc pas la pire campagne en soi ; elle est aussi violente que les précédentes – à titre d’exemple parmi beaucoup d’autres, plusieurs pamphlets visaient à discréditer Andrew Jackson en 1828 pour des accusations aussi graves et diverses que l’exécution de six déserteurs ou encore pour adultère. La violence des campagnes présidentielles américaines peut du reste assez simplement être corrélée à l’ampleur de l’enjeu : quand nous élisons un chef de l’exécutif en France (quoi qu’il y aurait beaucoup à redire sur ce sujet !), les américains élisent tout à la fois un chef de l’exécutif, un chef du gouvernement et un roi aux pouvoirs étendus selon la Constitution américaine qui, il est vrai, prévoit en contrepartie une séparation stricte des pouvoirs. Par ailleurs, et c’est le fait vraiment marquant, les protagonistes de cette campagne provoquent des réticences, voire des haines, inégalées jusqu’ici. Il faut reconnaître que Trump dans le camp républicain comme Clinton dans le camp démocrate, proposent de manière assez inédite des visions presque opposées de l’avenir des Etats-Unis et que leurs «affaires » accentuent ce trait : respectivement rupture souvent choquante d’un côté, et continuité aux accents presque obsolètes de l’autre. La cristallisation inédite de ce contraste si net entre rupture républicaine et continuité démocrate, fortement incarnée par les parcours et les personnalités des deux principaux protagonistes, résonne un peu comme le déchirement du fameux peuple américain pourtant censé toujours rester uni sur ses fondamentaux, ou comme le dépassement d’une certaine ligne rouge d’un côté comme de l’autre. Cela peut d’ailleurs expliquer les rejets provoqués dans chaque camp adverse par les deux finalistes, voire pour chacun d’entre eux dans son propre camp.

-Le scénario selon lequel ni Clinton ni Trump n’obtiendrait les voix de 270 grands électeurs sur 538 est-il plausible?

Il est en effet nécessaire d’obtenir 270 grands électeurs sur les 538 répartis sur l’ensemble des 50 Etats pour être élu. Certains spécialistes de la carte électorale envisagent l’option selon laquelle aucun des deux grands rivaux ne finirait premier dans l’unique État où un troisième candidat en lice est susceptible de gagner. En effet, dans l’Utah, qui dispose de 6 grands électeurs, Evan McMullin est toujours en hausse dans les intentions de vote. Considérer que perdre l’Utah serait déterminant pour Clinton ou Trump revient tout de même à minimiser les sondages actuels, notamment en faveur de Clinton. Mais si celle-ci n’arrivait finalement pas à faire la différence dans les Etats où malgré son avance, elle reste proche de Trump, alors perdre ou gagner l’Utah pourrait avoir un sens. Mais cette probabilité demeure très faible. Quoi qu’il en soit, techniquement, la Constitution américaine prévoit qu’en cas de non atteinte de la majorité absolue des 270 électeurs par les deux candidats pourtant les mieux placés, la nouvelle Chambre des représentants se réunit immédiatement pour élire le Président de la République.

-Qui sera le 45e président des Etats-Unis?

Sans doute pas un homme comme les autres…!
Cela dit, pour des raisons statistiques, il serait finalement peu risqué de parier mais je vais m’autoriser la superstition et utiliser mon joker!

Propos recueillis par LC.

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