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Destination Congo à la Fondation Cartier

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Une déferlante de couleurs vives exhalant liberté et énergie. Haut en couleurs, le vernissage organisé par la Fondation Cartier lève le voile sur près d’un siècle d’art moderne et contemporain au Congo. A la table d’André Magnin, le commissaire d’exposition, seule une poignée d’artistes parmi les quarante-et-un que compte l’événement Beauté Congo 1926-2015 (en lingala, Congo Kitoko). Au menu, les récits des parcours d’artistes majeurs tels que Steve Bandoma, Kiripi Katembo, Monsengo Shula, Rigobert Nimi, Papa Mfumu´Eto 1er -autoproclamé “l’empereur”- mais aussi Chéri Samba, le précurseur de “l’art populaire”au Congo.

Sans prétention, cet habitué des grands formats confie “avoir donné lui-même à ce courant, le nom de peinture populaire. Une peinture qui vient du peuple, concerne le peuple et s’adresse à lui. Elle est tout de suite comprise par tous et le peuple s’y reconnaît, au contraire de la peinture académique que le peuple ne comprend pas. Ces tableaux qui ont besoin d’explication pour être compris, je ne les conteste pas mais ce n’est pas ma voie. Les sujets de mes tableaux sont l’éducation, la morale, la politique, la vie quotidienne.”
Son style, direct et incisif, accroche le regard, fait s’indigner le visiteur ou l’amuse, selon le contexte et les mises en scène choisies par Chéri Samba qui n’hésite pas à se représenter sur ses propres toiles.
Dans les années 70, l’art populaire prend son envol, emmené par cet artiste natif de Kinshasa, suivi par Chéri Cherin et Moke, tous trois, fascinés par la mémoire collective.


A Paris, Chéri Samba est intarissable lorsqu’il raconte son pays, sa famille et l’éducation moderne héritée d’un père en rupture totale avec “les croyances et les grigris”, qui lui a montré la voie de la confiance en lui et en lui seul. Honneur et confiance ne manqueront pas à cet artiste hors norme au cours de sa carrière, démarrée dans la peinture d’enseignes publicitaires.
Sous le régime de l’ex-président, Mobutu Sese Seko, les rapports seront plus que tumultueux : il sera arrêté deux fois pour ses prises de positions courageuses, sa dénonciation de la corruption et de l’injustice sociale.

Quelques soubressauts politiques plus tard, le débat est ailleurs: entre les murs de verre de la fondation, et surtout, bien parti pour durer, autour de “l’identité de l’artiste contemporain congolais”.
Les uns n’hésitant pas à évoquer “une véritable crise au Congo, un problème d’éducation dans un système un peu archaïque”, “l’obstacle majeur étant qu’à l’académie de Kinshasa vous apprenez l’art à la manière de Picasso mais après, comment arriver à vous dégager vous-mêmes en tant qu’artistes ?” interpelle l’un des exposants, Steve Bandoma.

Les avis divergent mais toujours dans la bonne humeur et à grand renfort de rires tonitruants animant cet espace plus coutumier du silence émanant de la contemplation. Parmi la relève, certains ne brossent pas le même tableau de l’académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Ils estiment que chaque artiste possède ses propres armes pour aiguiser son style pendant ou après sa formation.
En effet, et c’est aussi l’un des intérêts de cette exposition retraçant près d’un demi-siècle d’art congolais et mettant en exergue la relève, que d’exposer aussi la nouvelle génération d’artistes affranchis des principes de l’académie, notamment les membres fondateurs du collectif Eza Possibles ( c’est possible, en lingala).

Un événement fondamental que l’on doit à la volonté du galeriste André Magnin, selon lequel ” l’exposition d’aujourd’hui est un hommage aux précurseurs que l’on peut voir en bas tels que Gaston Denys-Perier, et à l’image de celui-ci en 1929, ma première ambition était de partager avec le public occidental mais moi je ne suis qu’un rassembleur. On est face à des œuvres stupéfiantes, notamment celles de types matissiennes qui ne doivent rien à Matisse. Quatre-vingt dix ans d’art moderne au Congo, c’est une succession d’émerveillement, j’ai juste voulu être un passeur et si vous êtes émerveillés, ce sera ma plus grande récompense. Le Congo est riche des arts plastiques, mais on le sait plus de la musique, grâce à une centaine de labels. C’est pourquoi il y a des sortes de bulles de cette exposition, où l’on peut écouter la musique sans gêner les autres.”
 Une invitation au voyage à travers le Congo qui ne se refuse pas.

LC
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