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“Au temps de Klimt, la Sécession de Vienne” : de l’Art Nouveau aux prémices de l’Expressionnisme

Toute la magnificence de l’oeuvre de Klimt, ou presque, est condensée entre les murs et les couloirs de la Pinacothèque de Paris. Presque, parce que, le visiteur qui arpente le lieu dans le seul but d’approcher Le Baiser, toile la plus célèbre du symboliste autrichien, serait forcément déçu. Cette huile sur toile recouverte de feuilles d’or est conservée au palais du Belvédère à Vienne, et n’en sort pas…Mais l’exposition, au fil des 180 oeuvres réunies à Paris, donne à voir bien d’autres chefs-d’oeuvre dignes d’intérêt, datant de  la Sécession, déclinaison majeure de l’Art Nouveau, initiée à Vienne au début du XXe siècle. Ne serait-ce que la Frise Beethoven, réalisée par Klimt à l’occasion de la quatorzième exposition de la Sécession en 1902, consacrée à la musique du compositeur allemand, cette fresque se décline en sept panneaux représentant la Neuvième Symphonie. Le concept: illustrer un décor pour l’architecte Josef Hoffmann chargé de réaliser un monument en mémoire du musicien. Cette œuvre d’art controversée au nom de la morale, est toutefois approuvée par Gustav Mahler et Auguste Rodin.

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Trois des sept panneaux composant la frise Beethoven, 34,14 mètres de long. L’original est conservé au Pavillon de la Sécession, à Vienne. (photos LC)

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Le propos s’ouvre sur la place qu’occupe Klimt dans la Sécession, tant par son exubérance que par son talent, son recours à l’or, précisément. La Sécession est aussi à l’origine de la naissance, quelques années plus tard, de l’un des courants majeurs de l’art moderne, l’expressionnisme. L’exposition Au Temps de Klimt. La Sécession à Vienne revient en détail sur l’évolution des arts dans la capitale autrichienne, de la fin du XIXe siècle jusqu’aux premières années de l’expressionnisme. Le cœur de l’exposition est une sélection des travaux de Gustav Klimt, de ses premières années d’études aux chefs-d’œuvre de son âge d’or. En dehors de la Frise Beethoven, une autre oeuvre majeure de Klimt est exposée : Judith I (1901).

 Un éclairage est fait sur les premières années de la Sécession, notamment dans ses rapports avec Paris, aux suggestions artistiques venues de France, qui rapprochèrent des artistes comme Carl Schuch, Tina Blau, Théodor Hörmann, Josef Engelhart et Max Kurzweil. L’exposition se poursuit avec les chefs-d’œuvre de la Sécession, de l’avant-garde autrichienne et avec les premières œuvres d’Egon Schiele et d’Oskar Kokoschka.

Une dernière section de l’exposition est consacrée à la floraison des arts appliqués et des métiers d’art à Vienne : des pièces de mobilier, fruit d’une antique et raffinée tradition artisanale, aux bijoux précieux et au travail de la céramique. Témoignage des débuts et de l’évolution de grands artistes et architectes de cette époque tels Adolf Loos et Josef Hoffmann, notamment au sein de l’Atelier viennois.

1903, Josef Hoffmann, Koloman Moser et l’industriel Fritz Waerndorfer, désireux d’allier les beaux arts aux arts décoratifs afin de créer une forme d’art total plus accessible, fondent les Wiener Werkstätte« Ateliers viennois », où les arts appliqués trouvent un souffle nouveau.

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Josef Hoffmann et J & J Kohn, fauteuils, table pour le cabaret Fledermaus, 1906. (photo LC)

C’est cependant sur la figure féminine que Klimt va porter son attention dans un étrange et exclusif culte de la femme, héritier des recherches symbolistes. Klimt dresse un constat sans concession du rapport ambigu unissant le masculin et le féminin : ses femmes fatales et fragiles traduisent aussi l’angoisse de la mort et la prise en compte des recherches psychanalytiques de Freud.  C’est le cas pour Klimt. mais aussi de Schiele, Kokoschka, entre autres.

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Judith I

A travers sa Judith, Klimt développe des réseaux de formes géométriques entremêlées ainsi que des mosaïques aux motifs ornementaux abstraits, rehaussées d’applications de feuilles d’or et d’argent, de manière à reproduire les effets de la joaillerie. Klimt applique avec intransigeance la bidimensionnalité, caractéristique de ses chefs-d’œuvre.

En 1905, le groupe éclate de nouveau, opposant des naturalistes, rejetant l’idée d’œuvre d’art totale, et des artistes comme Klimt, Moser et Hoffmann. Klimt quitte la Sécession viennoise et devient l’un des fondateurs de l’Association des artistes autrichiens. Reconnu comme un artiste international, il voyage alors à travers l’Europe, multiplie les portraits féminins, une façon de réaffirmer le concept de « femme fleur »,  une occasion de se consacrer aussi aux paysages lyriques. Egon Schiele et Oskar Kokoschka, ses disciples directs, s’approprient et exacerbent ses interrogations. C’est ainsi que la naissance de l’expressionnisme pointe le bout de son pinceau…

 Et si malgré la richesse et la diversité des oeuvres exposées, vous êtes toujours un peu déçu de ne pas avoir pu savourer Le Baiser de près, votre consolation se trouve à la sortie. Les services en porcelaine de la boutique attenante aux salles d’exposition exploitent à merveille “Der Kuss”, histoire de déguster son café avec passion…
LC
(photo LC)
 Jusqu'au 21 juin 2015

One Comment

  1. Marie-Hélène Caitucoli-Wirth Marie-Hélène Caitucoli-Wirth

    Merci! Voilà qui donne bien envie de se laisser envoûter par l’atmosphère viennoise de la pinacothèque!

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